Emilie PAILLARD

Psychopraticienne

Les anxieux se sont-ils sentis suffisamment aimés ?

Les anxieux se sont-ils sentis suffisamment aimés ?

Angoisse, culpabilité et refoulement s’entrecroisent. L’autorité externe — une mère chez le petit, la société et ses lois chez l’adulte — ou encore le surmoi, grand héritier des injonctions parentales, se construit dès les premières relations et s’appuie en partie sur le sentiment (qui provient de la perception du nourrisson avec sa propre sensibilité à la frustration) d’être « aimable » depuis la plus tendre enfance. Il en vient à interdire l’expression de certaines pulsions jugées inacceptables.

Conflits internes se faisant, s’ensuit une mise à l’écart du conscient : ces contenus sont refoulés dans l’inconscient. L’angoisse survient alors, comme la crainte que ces pulsions ne cherchent à se manifester.

Cela nous concerne tous. Alors pourquoi parler du sentiment de ne pas « être aimable » ? Parce que ce sentiment peut être à l’origine d’un surmoi particulièrement sévère, voire persécuteur, qui réprime toujours davantage, générant d’autant plus de culpabilité — et donc d’angoisse face à un possible retour du refoulé.

Vient alors la peur, qui peut, dans certains cas, fonctionner comme un déplacement : nous assignons à un objet phobique la cause de notre mal. La menace devient externe et semble alors plus facile à maîtriser.

Mais le mal, c’est quoi ? Ne pas se sentir à la hauteur face au regard d’autrui. Ne pas être assez, ou être trop. C’est la croyance profonde que, si nous ne nous sommes pas sentis suffisamment aimés aux prémices de notre vie, c’est que nous étions nous-mêmes en cause.

Alors il a fallu réfréner, contenir, éviter toute forme de débordement — non pas comme un choix conscient, mais comme une réponse précoce, presque instinctive, face à la dépendance à l’autre et à des tensions internes difficilement symbolisables.

Mais tout cela peut devenir disproportionné et source de souffrance. Et voilà une piste possible pour comprendre le manque de confiance, l’hypersensibilité, ou encore la dépendance au regard.